Faire quelque chose. (C’est le faire, non ?)

Comment s’articule une pensée personnelle ?
Comment s’incarne-t-elle dans un corps et pourquoi s’inscrit-elle dans une action ?

Dans Saison 1, je questionnais les rapports incestueux entre storytelling et réalité. En me jouant des ressorts de la série télévisée, l’un des modes narratifs de propagande les plus puissants actuellement à l’oeuvre, j’évoquais une expérimentation du réel fondamentalement influencée par la fiction.

Dans Faire quelque chose (c’est le faire, non ?), je fais un pas supplémentaire : en quoi nos fictions, individuelles et collectives, sont-elles les moteurs de nos capacités d’actions ?

Sept personnages indépendants se côtoient dans un univers européen. Chaque figure, par le biais de sa fiction singulière, sert à dévoiler des moteurs d’(in)actions différents. Inspirée notamment par la narration chorale que Robert Altman  développe dans Short Cuts, je me sers de parcours singuliers pour dévoiler un récit collectif plus général.

Une écriture chorale pour des récits contemporains

L’intention de l’écriture chorale est également de libérer définitivement le plateau de sa notion de « personnage principal ». Comment raconter une histoire où tous les personnages auraient la même valeur ? Même ceux qui n’apparaissent qu’une seule fois ? Même ceux qui n’existent qu’en silhouette ou par leur voix seule ? Comment la mise en scène peut-elle appuyer ce propos  ?

La mise en scène sert à percuter les récits plutôt qu’à les aligner. La synchronicité des événements m’intéresse d’avantage car envisager la puissance d’agir dans une temporalité cyclique plutôt que chronologique me semble un enjeu déterminant.

Qui sont – il.elle.s ?

Au plateau trois langues cohabitent parmi les interprètes : le néerlandais l’espagnol et le français. Le langage théâtral, qui hérite entre autres de la performance et du stand up, dialogue également avec celui de la danse.

Tous  les personnages sont placés en situation de vulnérabilité, contraints de redéfinir les termes de leur capacité d’action :

une employée de pompes funèbres en évaluation, une auteure en deuil et son double végétal, un professeur de géographie mis à pied pour avoir parlé d’un organe pas encore découvert dans le corps humain, un infirmier qui occupe le sol d’un hôpital, une femme qui ne parvient à communiquer que par téléphone, une procureure de justice internationale démissionnaire. Avec eux.elles, quelques invités…

« Certains diraient que nous avons besoin d’une base à partir de laquelle agir, qu’il nous faut un terrain commun pour pouvoir agir collectivement   Je pense pour ma part que nous devrions favoriser les moments d’arrachement, où nous nous trouvons simultanément en deux lieux à la fois, où nous ne savons pas exactement où nous sommes, où la mise en œuvre d’une pratique esthétique fait trembler le sol. C’est alors que la résistance à la récupération a lieu. C’est comme une percée vers de nouveaux paradigmes. »

Judith Butler, Humain,inhumain, le travail critique des normes, Ed. Amsterdam 2005 

 

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